Zoli de Colum McCann
Zoli est Rom. En Tchécoslovaquie, dans les années 30, sa famille est décimée par la Hlinka, un bataillon fasciste. Zoli et son grand-père, Stanislas, en réchappent ; ce dernier prend alors l'enfant sous sa protection et lui montre les beautés du monde. Contre les lois de sa communauté, Stanislas apprend à sa petite-fille à lire et l'envoie même à l'école des gadze (les sédentaires). Ainsi grandira son amour des mots, ainsi pourra-t-elle couchée sur le papier le ciel, les étoiles, les forêts... toute la nature qu'elle contemple dès son réveil et qui la nourrit. Cependant, il existe des lois séculaires au sein de la communauté Tzigane, et ces lois on ne les transgresse pas. Pour avoir divulgué les secrets d'un peuple aux gadzé, Zoli doit payer. Exclue par les uns, repoussée par les autres dans un pays où sévit la répression, Zoli apprend à survivre.
Ce roman est d'abord le roman initiatique d'un personnage : Zoli est en quête d'elle-même, de son identité, à travers sa poésie et ses voyages : on la suit de la Tchécoslovaquie à la France, en passant par l'Autriche et l'Italie ; on la regarde évoluer de 1930 à 2003. Ce roman est aussi le roman initiatique du lecteur qui parcourt la culture d'une communauté fermée, avec ses usages et ses rites. L'auteur délègue le propos à différents narrateurs et nous met ainsi à l'abri des préjugés. Il révèle alors un univers mal connu, sans pédagogie ni démagogie. Bien au contraire, cet univers est donné en l'état, comme une matière brute, avec ses aspérités et ses beautés : c'est sans doute là la force de ce récit. Le tout dans un style semblable à l'eau courante.
Zoli est bien l'un des coups de coeur de cette rentrée littéraire.
Juste pour la beauté des mots...
"J'ai fait quelques pas dans l'air froid. Les flaques d'eau recouvertes d'une peau de lumière, les oiseaux de la nuit autour des réverbères. Toute droite dans le silence, j'avais l'impression d'être au printemps de ma vie.
J'étais une poétesse.
J'avais écrit."