Dieu, cet orgueilleux.

Publié le par Alexandra

Voici le cinquième écrit qui contient la vie du Christ et son enseignement... ou presque, puisqu'il s'agit d'un roman. Il s'ouvre sur la Conception et s'achève avec le Christ sur la croix. Ce récit vous dévoile les pans de cette histoire ignorés ou tout juste évoqués par Marc, Luc, Jean et Matthieu.
La narration se focalise d'abord sur Joseph tout au long de la naissance et de l'enfance de Jésus. Puis après sa crucifixion le narrateur suit les recherches et les errances de Jésus jusqu'à ses dernières paroles.

Saramago, écrivain portugais prix Nobel de littérature en 1998, nous offre ici un roman remarquablement abouti tant narrativement que stylistiquement. 

En effet, son roman prétend embrasser ce qu'on ne sait pas de la vie de Jésus : ces moments tus entre sa naissance et ses prêches, soit une trentaine d'années. Les passages connus de la vie du Messie sont  évoqués, la plupart du temps, de manière succincte, la narration préférant s'attacher à la "petite" histoire, au facteur humain. Ainsi l'intrigue est-elle construite autour du thème de la culpabilité. Tout d'abord la culpabilité de Joseph qui ne fit rien pour empêcher le massacre des Innocents lors de la naissance de Jésus. Culpabilité dont Jésus héritera : lui,  choisira de quitter à quinze à peine sa famille pour chercher le sens de la Vie et de sa vie. L'écriture apporte une forme d'authenticité à cette oeuvre puisque l'auteur adopte le style évangélistique : longues phrases où la virgule remplace le point et où les paroles se mêlent à la narration.

Dans ce roman, nous découvrons un Jésus pétri de doutes, d'incertitudes mais aussi d'orgueil. Sur sa route, il rencontrera d'abord le Diable puis Dieu.
Satan est loin de sa caricature habituelle : c'est un être au visage affable implorant le pardon de Dieu pour sa faute originelle ; pardon qui lui sera refusé car Dieu a besoin du Mal pour justifier son existence. Dieu apparaît  donc comme un être ambitieux et orgueilleux : il veut la puissance et la gloire pour des siècles et des siècles (selon la formule consacrée). Jesus et tous les hommes qui mourront en son nom ne sont que les instruments de son dessein. Cette critique acerbe de la volonté divine se manifeste entre autres par les variations de tons, tantôt graves, tantôt ironiques, tantôt satiriques ; par de longues listes de crimes commis au nom de Dieu Tout Puissant comme cette liste de Saints et de leur martyre qui occupe plus de trois pages ;  par un échange particulièrement éloquent entre Dieu et le Diable qui prend fin en ces termes : "Alors le Diable dit, Il faut être Dieu pour aimer autant le sang".

Bref, l'existence de Dieu est-elle vraiment légitime ? Voilà la question qui parcourt le roman en filigrane.


Sources : Evangile selon Jésus-Christ, ill de couv. Mark Atkins, Ed du seuil, 1993 (trd française)

Christ de saint Jean de la Croix

Salvador Dalí, 1951
The Glagow Art Gallery

Publié dans Romans

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Lorsque Edward vint accueillir les Delponte 30/12/2014 09:53

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choupynette 24/03/2009 10:59

Je note, ne serait-ce que pour le sujet original, et l'illustration que tu as choisie: j'adore Dali ;)