Ambiguïtés d'Elliot Perlman

Publié le par Alexandra

perlman-ambiguites.jpgSimon est enseignant... un enseignant qui, à son très grand regret, n'enseigne plus depuis la disparition d'un de ses jeunes élèves il y a bien des années. De folles rumeurs ont couru suite à cette disparition. Simon s'est réfugié dans les livres, la boisson -un peu- et Anna, son amour perdu de jeunesse dont il est resté éperdument épris. Dix ans d'amour sans retour. Il n'a jamais revu ni parlé avec elle depuis son départ ; mais voici qu'il retrouve sa trace. Dès lors, Anna est plus que jamais son obsession. Il s'informe à son sujet, se surprend à la suivre jusqu'à ce soir où il commet un acte fou et  inattendu : il enlève Sam, le fils d'Anna, à la sortie de l'école.
Ce roman est l'histoire de cet acte : ses motifs et ses conséquences vus, non par le regard d'un narrateur omniscient, mais par le regard de sept protagonistes.
   
Ambiguïté... voici un roman dont le titre annonce, de manière explicitement trouble, les incertitudes dans  lesquelles le narrateur va être plongé.  
En effet, de prime abord, l'entrée dans le récit n'est guère aisée : quelques pages durant le lecteur ne sait précisément à quel narrateur il a affaire. Or, savoir à qui nous devons ce regard sur l'histoire est primordial : de lui dépendent nos sentiments, nos réactions et nos jugements. 
Ensuite, les faits  semblent ambigus puisque chaque personnage les vit et les ressent différemment : qui croire alors ? Quelle version des événements n'est pas tronquée ? Y a-t-il même une vérité dans cette fiction ? 
Enfin, la notion d'ambiguité trouve sa place dans les propos des personnages : Empson, l'écrivain loué par Simon, avait lui-même établi la liste des sept ambiguïtés existantes. Cette liste apparaît à deux reprises dans l'histoire et semble faire écho au mode de narration. 
  
Par ailleurs, notons que tous les personnages ont fait l'objet d'un travail minutieux : leur identité, leur histoire, leur vécu, leur psychologie, leurs états d'âme les rendent particulièrement émouvants ou attachants. De par son travail de création et d'écriture, Elliot Perlman nous offre un récit de qualité bien loin de ces romans dépouillés à l'extrême, souvent dénués d'authenticité. Oserai-je dire - oui, j'ose -  qu'il me rappelle un Balzac ou un Flaubert dans son traitement du personnage romanesque et dans sa mise en scène des travers de notre société ? 
Une lecture vivement conseillée... et un grand merci à I. qui m'a permis de découvrir cet auteur.

Publié dans Romans

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Sébastien, essoufflé d’avoir couru ... 30/12/2014 11:14

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Florinette 23/01/2008 11:40

Chouette il figure dans ma PAL et ton article me pousse à le lire plus rapidement que prévu !! ;-)

Mme patch 19/01/2008 17:44

Tiens en voilà un qui est dans ma LAL et j'ai du mal à me laisser tenter...pourtant je le prends à chaque fois en main...mais j'avoue que ton enthousiasme me donne envie ;o)

jumy 17/01/2008 16:59

j'ai failli offrir ce livre il y a quelques temps à mon chéri...mais j'avais peur qu'il ne l'apprécie pas et qu'il s'ennuie, vu que c'est un fan des polars....mais là j'avoue que j'ai bien envie de me l'offrir à moi!!!!

Alexandra 19/01/2008 10:04

Et bien n'hésite pas : fais-toi plaisir. Effectivement il ne s'agit pas d'un roman policier, c'est bien plus psychologique puisque tout est axé sur les pensées et états des personnages. Personnellement, j'aime beaucoup quand les persos sont bien campés.