Le roman de Rabelais de Michel Ragon

Publié le par Alexandra

roman-rabelais.jpg1547. Saint-Maur-des-Fossés, village au sud est de Paris. Un homme de foi, en robe noire, médecin officiel du diplomate Jean Du Bellay, qui exerce aussi gratuitement pour les pauvres : Rabelais. Agé, les pertes de François Ier son roi bien-aimé, de Marguerite de Navarre - symbole de la femme pure-, de Dolet - auteur et éditeur torturé, étranglé puis brûlé- ou encore l'exil de Marot lui pèsent de plus en plus. Désenchanté, lassé de faire face à l'ignorance et à l'obscurantisme, Rabelais refuse de reprendre sa plume. Pourtant, à la demande du roi Henry II, son ami Jean l'y presse.  Il finit par céder et rédige le Quart Livre, oeuvre virulente contre le pouvoir du Vatican. Alors que le roi lui avait assuré son soutien, Rabelais apprend par une tierce personne que le monarque a conclu une trêve avec le Pape... Voici notre humaniste à nouveau pourchassé pour ses écrits. Seulement, cette fois, il n' a plus la force d'affronter les attaques. Il mourra quelques mois plus tard.

Ce texte est une biographie romancée de la vie de Rabelais qui nous donne l'envie de (re)lire et de savourer l'oeuvre de cet auteur incontournable. Par ailleurs, le récit est parsemé de remarques intéressantes sur le style et les intentions de cet humaniste sans pareil. Pour moi qui n'ai jamais considéré que les connaissances biographiques étaient nécessaires à la compréhension et à l'analyse de texte, je trouve plaisant de me plonger ainsi dans un pan de la vie d'un auteur. Aussi est-ce une lecture apéritive pour qui veut découvrir un grand écrivain de la littérature française sans pour autant se plonger dans une biographie austère... mais n'allez pas y chercher d'innovations stylistiques, vous seriez déçus.
 
Dans l'attente d'une éventuelle critique de Pantagruel ou de Gargantua, voici quelques morceaux choisis :
  
"Après avoir découvert la vertu désaliénante du rire, Rabelais découvrit une mine d'or : le vocabulaire. Non pas le vocabulaire des érudits, ou plutôt pas seulement celui-là car il s'en servira aussi, mais tout le vocabulaire, tous les vocabulaires, des corps de métiers, des provinces, des dialectes et des patois, du vieux langage et des mots nouveaux que l'on pouvait inventer. Le vocabulaire permettait de déconsidérer les ennemis de l'humanité en ridiculisant le langage des maîtres." 
  
"Les mots, en vrac, affluaient dans la tête de Rabelais, lui cognaient les méninges. Il avait toujours été encombré de mots, trop de mots dont il faisait dans ses livres des sortes de litanies en une orgie de vocabulaire. Il raffolait des coq-à-l'âne, des proverbes et des dictons retournées à l'envers."
   
"La pudibonderie, fréquente chez tant de prélats menant une vie dissolue, conduisait Rabelais dans cette voie de l'obscène qui était chez lui une manière de cracher au visage des puissants."
   
Enfin, je terminerai ce propos par une devise intemporelle de Rabelais :
   "Voyant le deuil qui nous mine et nous consume
    Mieux vaut écrire du rire que des larmes.
"

Pour ceux qui souhaiteraient une critique plus détaillée, lisez celle de Katell.

 

 

 

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J’ai beaucoup voyagé à travers le monde... 30/12/2014 15:43

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katell 18/10/2007 19:26

Je suis contente que ce roman t'ait plu! je l'avais dévoré en quelques heures, c'était pendant les vacances d'été ;-)